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TRAQUER DES BOMBES CACHÉES PARMI LES SATELLITES STARLINK

Le 9 juillet 1962, lors de l’essai Starfish Prime, un engin thermonucléaire de 1,4 mégatonne a explosé à 400 kilomètres au-dessus de la Terre. Il a créé une ceinture d’électrons piégés, et au moins huit des 24 satellites alors en orbite, ou lancés dans les semaines suivantes, ont été endommagés. Cinq ans plus tard, le traité de l’espace de 1967 engageait ses signataires à ne placer en orbite autour de la Terre aucun objet porteur d’armes nucléaires. Mais il ne contient aucune clause de vérification : à l’époque, aucune technologie ne permettait d’inspecter dans l’espace, et les inspections au sol se heurtaient aux programmes secrets de satellites espions.

Selon Patrick Huber, du Center for Neutrino Physics de Virginia Tech, la question revient. L’orbite compte désormais 16 946 charges utiles parmi 44 964 objets catalogués. Les grandes constellations de satellites bon marché résistent à un missile qui détruit un satellite isolé, mais restent vulnérables à une explosion nucléaire. L’article rappelle que la Russie a opposé son veto à une résolution du Conseil de sécurité des Nations unies réaffirmant l’interdiction, la Chine s’abstenant. Le scénario étudié : une ogive cachée dans un satellite d’une immense constellation, ou déguisée en l’un d’eux — et comment convaincre tout le monde qu’il n’y en a aucune.

L’étude prend comme exemple réel la plus grande constellation en orbite : Starlink, de SpaceX, avec 7 852 satellites en fonctionnement stable dans le catalogue du 25 mars 2026. Elle souligne que de telles inspections ne pourraient avoir lieu que dans le cadre d’un accord négocié et coopératif.

Carte des satellites Starlink selon l’altitude et l’inclinaison de l’orbite, regroupés en couches de quelques dizaines à environ 2 500 satellites entre 340 et 575 km.

Les 7 852 satellites Starlink stables du catalogue du 25 mars 2026, selon l’altitude et l’inclinaison ; chaque disque est une couche, avec son nombre de satellites. — Figure 6, Huber (2026), arXiv:2610.04016.

Un faisceau qui fait parler le combustible nucléaire

La méthode s’appelle interrogation active : éclairer un objet avec un rayonnement et écouter sa réponse. Ici, un satellite inspecteur tire sur la cible un faisceau très fin de photons de 16 mégaélectronvolts — de la lumière de très haute énergie. Si de la matière fissile se trouve à bord, certains de ses noyaux se cassent, libérant des neutrons et des rayons gamma que capte un détecteur sur l’inspecteur.

Le faisceau viendrait d’une technologie issue de la physique des particules : un accélérateur laser-plasma qui pousse des électrons jusqu’à environ un gigaélectronvolt sur une dizaine de centimètres, puis fait rebondir de la lumière laser sur eux pour la transformer en photons énergétiques. Les besoins moyens en puissance ne sont que de quelques watts ; les pics brefs sont à la portée de batteries de voiture, selon l’article. Le détecteur, un scintillateur plastique segmenté dopé au lithium 6, s’inspire de détecteurs de neutrinos récents.

Dans les simulations, une vraie ogive se trahit de deux façons : des neutrons ralentis par la matière qui entoure le cœur, et une lueur gamma qui dure environ une milliseconde pendant que les fissions se multiplient — alors qu’un simple bloc d’uranium appauvri se tait au bout d’une dizaine de microsecondes.

Les satellites ne sont pas abîmés : chacun reçoit au plus 0,25 gray, moins de 1 % de ce que le rayonnement naturel de l’espace lui inflige en cinq ans.

Combien d’inspecteurs ?

L’étude simule la physique nucléaire, le rayonnement de fond spatial et les orbites réelles, y compris la lente rotation des plans d’orbite due à l’aplatissement de la Terre — que les inspecteurs peuvent exploiter pour passer d’un plan à l’autre avec peu de carburant. Elle définit trois types d’inspecteurs, de celui qui accompagne sa cible pendant plusieurs minutes à celui qui la croise à environ 9,4 kilomètres par seconde, en une fraction de seconde. Exigence : 90 % de chances de repérer une seule ogive, avec une fausse alarme sur mille.

  • Tous les satellites en cinq ans : 69 inspecteurs « suiveurs », chacun contrôlant en médiane 141 satellites — ou 4 plateformes de survol passives couvrant 97 % de la constellation, plus 16 inspecteurs pour le reste.
  • Un dixième de la constellation tiré au hasard : un seul inspecteur de survol couvre 783 des 785 cibles. Un tricheur qui aurait caché 5 ogives courrait alors un risque de 37 % d’être pris — le type de dissuasion sur lequel reposent déjà les régimes d’inspection nucléaire existants, note l’article.

Certaines orbites, comme les orbites héliosynchrones dont les plans dérivent à peine les uns par rapport aux autres, sont très coûteuses à atteindre ; l’étude suggère de contrôler ces satellites autrement, par exemple au sol avant le lancement.

Ce qu’il faudrait dans un traité

Les distances nécessaires — 0,55 à 2,9 kilomètres — sont plus courtes que ce qu’envisageaient les études précédentes. Pour l’auteur, ce qui compte est le risque réel de collision, que des capteurs de position embarqués rendent négligeable, et non une distance « politiquement acceptable ». Tout accord devrait prévoir un quota d’inspections, des règles d’approche et d’abandon, des doses autorisées et une procédure de contre-vérification. La pièce matérielle manquante : un laser à fibre de plusieurs joules qualifié pour l’espace. L’article est une étude de simulation à auteur unique, financée par l’agence américaine de sécurité nucléaire (NNSA), et il déclare l’usage d’assistants d’IA pour le code, la recherche bibliographique et la préparation du manuscrit, les choix physiques et les conclusions restant ceux de l’auteur.

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